Conseils d’un guide pour une bonne pratique de l’alpinisme

Les professionnels sont toujours de bon conseil. Aujourd’hui, un Guide de Haute Montagne nous parle d’alpinisme.

alpiniste avec guide de haute montagne dans une ascension technique sur arete de neige

L’équipe de ZeOutdoor a eu l’opportunité de rencontrer Hugo Drouillard, un jeune guide haut alpin faisant partie de la “nouvelle vague” de l’alpinisme français.

Bonjour Hugo Drouillard. Peux-tu te présenter à nos lecteurs en quelques mots ?

Étant né dans les Hautes Alpes et mon père étant lui aussi guide, j’ai été bercé par les montagnes depuis mon enfance : rando, escalade, ski, VTT…

Après avoir voyagé à travers le monde pendant 2 ans en tant que moniteur de plongée, je suis revenu au bercail, à Gap. A présent, je suis moniteur de ski dans le Dévoluy et, depuis 2019, guide de haute montagne pour le bureau des guides de Gap, l’Esprit Montagne.

Étant le plus jeune de l’équipe, je me suis aussi orienté vers la partie communication du bureau et je m’occupe du site internet, et des réseaux sociaux (Voir la page Facebook de L’Esprit Montagne)

guide de haute montagne hugo drouillard pendant la traversée des aretes de sialouze dans le massif du pelvoux

 

L’alpinisme est-il plus proche de la randonnée, du trail, ou de l’escalade ?

L’alpinisme est une pratique à part entière, mais elle regroupe beaucoup d’autres activités dans son appellation. Personnellement, je pense qu’on peut la classifier dans une rubrique à elle toute seule. Ceci dit, il est vrai qu’elle englobe d’autres sports de montagne, cela dépend de sa pratique et du niveau de difficulté choisi.

En effet si on prend une course d’initiation glaciaire du type Les Rouies, Pic du Glacier blanc, ou Dômes de Miage, la pratique ressemble énormément à de la randonnée, car elles sont peu techniques. Il s’agit donc principalement de randonnée, mais la différence est le lieu de pratique : on est en haute montagne et de plus sur des glaciers nécessitant du matériel spécifique.

D’autres courses d’alpinisme vont plus ressembler à de l’escalade mais toujours avec une approche différente. Il est fréquent que soit la redescente soit l’approche pour arriver au rocher se fasse sur des terrains glaciaires et en haute montagne. Encore une fois, il est nécessaire d’avoir un matériel spécifique et des connaissances adéquates.

Je dirais que l’alpinisme est plus éloigné du trail car on n’a pas forcément cette approche de la vitesse et il est extrêmement rare de courir lors d’une sortie. Même si, bien sûr, on a des horaires à respecter pour la sécurité. Cela peut être lié à la météo, ou aux conditions qui changent au cours de la journée.

leader de cordée assurant le second dans une course d'alpinisme rocheux

Comment bien débuter en alpinisme ?

Je pense qu’il faut débuter de manière intelligente. C’est à dire qu’il faut s’appuyer sur l’expérience que l’on à déjà acquis grâce à d’autres activités.

Si on est grimpeur, on peut appliquer ses connaissances sur des courses typées rocher, mais tout en faisant attention aux différences : glacier, altitude, terrain souvent moins aseptisé… Grimper une voie en 6a en salle, ce n’est pas la même chose que de grimper du 6a sur rocher à 3000m, après une approche en crampons sur glacier!

Si on est plutôt randonneur, mieux vaut se faire une première expérience avec des courses simples techniquement, cotées F ou PD, nécessitant juste une bonne condition physique. Cela permet de découvrir la marche avec crampons, les techniques d’encordement liées au terrain, l’ambiance de la haute montagne.

Qui peut pratiquer l’alpinisme sans guide, dit alpinisme autonome ?

Au risque de me faire incendier par mes collègues, je pense que tout le monde peut pratiquer l’alpinisme autonome, du moment que l’on se sent capable !

De mon point de vue, je pense qu’il faut avoir au moins le minimum de notion de sécurité dans chaque domaine avant de se lancer seul. Pouvoir gérer n’importe quelle situation à risque, résoudre les problèmes qui vont inévitablement apparaître…, et croyez-moi, il y en a quand même pas mal! De plus, il faut avoir des notions de préparation de course, de lecture de topo, ainsi que de recherche d’itinéraire.

Comme je l’ai dit au début, tout le monde peut pratiquer l’alpinisme autonome, mais il faut y aller progressivement et ne surtout pas griller des étapes car la montagne fait rarement des cadeaux.

alpinisme très technique dans une cascade de glace

L’alpinisme guidé est-il le meilleur moyen de progresser ?

C’est évidemment un bon moyen de s’améliorer, mais je ne dirais pas que c’est le meilleur moyen de progresser. Cela dépend dans quel domaine on veut progresser.

Un guide va permettre aux gens d’aller dans des courses plus dures ou plus compliquées que celles dans lesquelles ils peuvent aller tout seul. Être second de cordée est plus facile qu’être leader. La recherche de l’itinéraire et la prise de décision restent des éléments clés et décisifs lors d’une ascension. Le guide vous permet de ne pas avoir à gérer ça tout seul.

En ce sens, l’alpinisme guidé est un excellent moyen de progresser pour aller vers plus de difficulté technique.

Mais si vous souhaitez progresser vers plus d’autonomie, c’est différent. Il est intéressant d’apprendre avec un guide (ou tout autre professionnel de la montagne d’ailleurs), mais ensuite, il est nécessaire de pratiquer ! Faites des courses faciles, en dessous de votre niveau, et répétez les techniques d’encordement, les manœuvres de corde, pratiquez la recherche d’itinéraires, apprenez à lire un bulletin météo…

Après, même lorsque l’on devient autonome, il est toujours bon de faire quelques courses avec un guide. Cela permet d’éviter de prendre de mauvaises habitudes et de corriger d’éventuelles erreurs !

groupe d'alpinistes autonomes dans une pente de neige sur un glacier

Que penses-tu de la tendance “rapide et léger”, popularisée par Ueli Steck et Kilian Jornet ?

Cette tendance permet d’ouvrir de nouveaux horizons dans le monde de l’alpinisme, mais il faut être bien conscient que cela implique un risque supplémentaire aussi.

Partir plus léger permet d’envisager des courses à la journée plutôt que sur deux jours, mais au moindre grain de sable dans la sortie, la gestion va devenir beaucoup plus compliquée. Dormir dehors sans l’avoir prévu peut vous faire passer un moment désagréable, voire dangereux.

Je dirai également que cette image véhiculée par les médias n’est pas toujours bonne. De nombreuses personnes voient ces images et se disent “Je cours bien, je peux faire la même chose”. Désolé, mais ce n’est pas le cas !

On voit régulièrement des gens en basket, sans corde, sans baudrier, sans crampons sur des itinéraires comme la voie normal du mont blanc. Sans aucune expérience de la montagne. C’est incroyablement dangereux : ils risquent leur vie, mais aussi celles des autres usagers de la montagne ainsi que des sauveteurs.

Le “Fast and Light”, ce n’est pas partir sans aucune préparation, au contraire. C’est être tellement préparé que l’on est capable de faire face à toutes les situations – ou presque – tout en ayant moins de matériel.

Avec le changement climatique, peut-on encore parler de “4000 facile” dans les Alpes françaises ?

Je pense que certains sommets à 4000 restent encore faciles mais ils vont tous tendre à l’être de moins en moins. Avec le recul glaciaire les pentes sont de plus en plus raides et les rimayes de plus en plus grosses. Donc la course est de plus en plus difficile.

Et il est important de comprendre qu’une course “facile” techniquement peut être exposée et dangereuse… C’est notamment le cas du célèbre Dôme des Ecrins, une course cotée F+ ou PD en fonction des conditions, mais qui est aujourd’hui très exposée aux chutes de séracs. Celles-ci ont malheureusement causé quelques accidents dramatiques ces dernières années…

panorama sur le pelvoux dans les ecrins, haut lieu de l'alpinisme en france

Un dernier conseil pour nos lecteurs ?

Méfiez-vous des informations que vous trouvez sur internet ! Celles-ci ne sont pas systématiquement fausses ou mauvaises, mais il est nécessaire de vérifier qui donne ces informations, et à qui.

Entre guides, quand nous parlons entre nous de courses “faciles”, il faut comprendre “faciles pour des professionnels de la montagne expérimentés”, ce qui est très différent d’une course cotée F (Facile).

De même, une course rocheuse qui “ne pose pas de grandes difficultés” à un grimpeur peut être un véritable calvaire pour une personne venant de la randonnée. Ou, au contraire, une approche “sympa, avec de supers paysages” pour un randonneur peut être “une véritable bartasse” pour le grimpeur !

Et enfin, il faut toujours vérifier les dates des topos. Les conditions en montagne changent rapidement et ce qui était “un couloir de neige facile” dans les années 90 peut être aujourd’hui “un couloir de rochers instables très exposé aux fréquentes chutes de pierre”.

Mon conseil pour préparer une course : prenez contact avec le gardien de refuge, qui saura vous donner des infos actualisées.

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