Le West Coast Trail au Canada : récit

Fraîchement débarqué en Nouvelle Zélande, Athur Fisseux est notre nouveau chroniqueur sur ZeOutdoor. Il nous fera vivre ses aventure au pays kiwis : kayak, randonnées, ski, il a plus d’une corde à son arc ! En attendant, Arthur nous livre le récit de son West Coast Trail, sentier mythique de la Colombie Britanique.

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C’est après deux heures de voiture, sur une route sinueuse traversant la forêt, après avoir croisé ces camions d’une taille impressionnante, transportant des dizaines de troncs d’arbres issus de la déforestation « contrôlée », que nous arrivons à l’entrée d’un des parcs Canada.  La spécificité de celui-ci est qu’il propose l’une des plus belles expéditions au monde : renommée qui plus est !  Le West Coast Trail ! Nous y sommes enfin.

C’est dans le chalet à l’entrée du parc que nous eurent un débriefing de sécurité d’avant départ. Après la signature de la décharge individuelle et les quelques frais administratifs, nous pûmes partir. Le départ est magique de ce côté du trail. À quelques mètres de ce chalet, nous arrivons à la plage. Nos pieds sont dans le sable, face à la baie, et celle-ci est entourée de part et d’autre de l’océan Pacifique et d’une forêt sauvage. C’est dans ce cadre idyllique et à la hauteur des attentes de chacun que nous entamâmes cette expédition.

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Nous commençâmes par suivre un chemin bien entretenu longeant le bord de la plage. Les premiers coups de bâton de marche furent donnés, nous y sommes ! Après cinq minutes de marche, le ton est donné ! Des échelles de plusieurs mètres nous mettent à l’échauffement, la première est à peine montée qu’il nous faut enchaîner avec la prochaine. Nous passons du sable à la montagne et admirons dès lors cette anse qui était à nos pieds quelques minutes auparavant. Elle est si loin désormais ! De là, le chemin nous fait comprendre que le West Coast Trail débute. Le chemin n’était plus tracé qu’à force de passages par les randonneurs. Les racines apparentes faisaient un avec ce chemin sec du fait d’un soleil intense qui surplombait nos têtes. La chaleur et l’humidité de la forêt nous font déjà transpirer à faire mouiller le tee-shirt. Faute de se déshydrater, il faut boire (pour ma part en moyenne 4 à 5 litres d’eau par jour). Les chemins s’enchaînent et ne se ressemblent pas. De dur et sec le sol peut rapidement passer à mou et très humide. A force de passage et d’humidité (ou de pluie, comme souvent ici) la terre se transforme en boue qui s’installe partout dans les endroits les plus creux ; par endroits, mon bâton s’enfonce de plus de 40 centimètres. Il faut alors éviter le tout en marchant sur des racines apparentes, des bouts de bois posés à même le sol par les randonneurs ou marcher à l’extrémité de ces zones. Difficile parfois ! Sortir du sentier est souvent impossible car la présence de végétation aux alentours est trop importante. Puis, il y a ce chemin naturel qui laisse place sur quelques dizaines de mètres à un sentier fait de planches de bois, longues d’une trentaine de centimètres, larges d’une vingtaine, espacées les unes aux autres de trois centimètres. Il est parfois agréable de les rencontrer après un virage ou de les voir arrivées au loin après des passages difficiles et boueux. Mais prenez garde et restez concentrés ! Elles peuvent être traitresses ! Il y a cette terre glaiseuse sous vos chaussures, aidant à glisser maladroitement celui voulant aller trop vite, ou encore, ces planches qui, à force de passages et d’années d’entreposage, verdissent de mousse et de lichen, s’usent, se détériorent, s’affaissent, se cassent. Lorsque ce dernier cas vient à arriver, elles tombent en contrebas (car ces paliers sont souvent surélevés de plusieurs centimètres par rapport au niveau du sol) et finissent par se fondre dans le paysage et s’enliser dans la boue. Parfois même, vaut-il mieux emprunter la terre ferme si l’on veut éviter une chute malencontreuse lorsque ces planches tanguent ensemble ou se penchent toutes littéralement d’un bord ou de l’autre. La concentration est le mot d’ordre constant pour passer outre ces risques de blessures, l’observation du sentier est primordiale d’un pas à l’autre. Il suffit d’une pierre mal positionnée, d’une racine, d’un tronc d’arbre glissant tombé à terre. Il suffit que le tout soit recouvert de boue après chaque pieds posé à répétition, pour se tordre une cheville ou tomber. La majorité du temps, ces sentiers sont escarpés, montent, descendent, des branches gênent le passage et s’accrochent au sac à dos. Ici, tout est en adéquation pour se blesser en un rien de temps.

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La progression au fil des kilomètres alterne entre marche sur la plage ou en forêt. Le choix nous est parfois offert. Nous pouvons alors choisir le type de terrain à emprunter. Mais ce n’est pas le cas la plupart du temps. C’est l’un puis l’autre, plus souvent l’un que l’autre. Lorsqu’il s’agit de passer par la plage, nous savons qu’un autre défi s’offre à nous. Celui du mental. La fatigue se ressent davantage lorsque l’on marche sur le sable. La progression est difficile et rigoureuse. Nous avons L’impression que notre sac pèse plus lourd, la chaleur plus intense, l’impression de ne pas avancer quand le sable glisse sous nos pieds. Tout est là pour vouloir trop souvent prendre une pause et se reposer. Il faut alors mécaniquement planter ses bâtons l’un après l’autre et avancer en gardant le rythme. Par ailleurs, dépendamment  de la marée, il est possible, si celle-ci est basse, de marcher au plus près des vagues, là où le sable est plus dur. Cela permet d’aller plus vite et de moins ressentir la fatigue physique tout en prenant l’air frais des embruns. Cela nous permet également davantage l’observation de la faune et de la flore ou tout simplement du paysage, nous rappelant notre place privilégiée sur la West Coast Trail. Lorsque l’on progresse sur la plage, il est important de régulièrement regarder la carte, faisant correspondre notre point actuel à celui des marées. Parfois, à certains points précis, à certaines plages ou certains caps, la progression peut être compromise avec l’heure des marées, bloquant et empêchant tout passage. Il est donc important de tout prendre en considération par rapport à sa vitesse de progression, lors de la planification de la journée (souvent la veille au soir). Dans le cas où le choix nous est donné entre plage et forêt, l’importance est moindre si personne n’a de préférence quant au choix du type de terrain. A savoir qu’une fois la décision prise, il nous est alors impossible de remonter en forêt ou de descendre sur la plage quand on l’entend. Des accès indiqués le permettent à certains endroits, mais impossible de le faire à l’improviste, ou encore d’escalader les falaises ou traverser n’importe où à l’orée de la forêt (elle est bien trop dense pour y penser).

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Vint enfin le temps des rencontres et des observations. Ce sont les plus beaux moments, ceux qui égaient nos journées. Elles interviennent alors sans prévenir. Elles sont les doyennes de l’océan Pacifique. Elles se trouvent face à nous. Elles nous font l’honneur d’exhiber leurs rondeurs. Les baleines ! Ces immenses mammifères, d’une grâce difficilement descriptible, nous faisant un show. Parfois plongeant et nous montrant le bout de leur queue à plusieurs reprises. Un spectacle naturel donné à ceux désireux de dormir sur ce kilomètre 32 ce soir-là. Magique ! Celui-ci n’en fut qu’un parmi tant d’autres, comme à cette pause au kilomètre 18 quand nous voulûmes souffler cinq minutes et poser nos sacs. En surplomb, sur une falaise, nous observons une famille de lions de mer installée à une petite centaine de mètres de nous sur un immense rocher au-devant de nous. Des cris émanent de ce troupeau affalé au soleil, les odeurs nous sont épargnées, nous laissant pleinement profiter de ce spectacle. Les gros mâles dominants bombent le torse, et poussent des cris dissuasifs face à ceux pas assez imposants mais qui veulent eux aussi profiter de ce harem important de femelles. Quand soudain, juste derrière ce rocher, le même spectacle qu’au kilomètre 32 fit apparition ! Une baleine souhaite elle aussi se faire prendre en photo et nous montre le bout de sa queue. Le tout est planté dans un décor naturel des plus sauvages, aux allures inexplorées. Magique ! Nous profitons pleinement de ce moment privilégié avant de reprendre la route.

Mais la faune n’est pas tout, la flore ici a son mot à dire et le montre de manière très expressive sans se laisser mettre de côté. La « Rainforest » est le nom de la forêt dans laquelle nous marchons. Il s’agit de l’une des dernières forêts primaires encore présentes sur la planète. Bien qu’elle soit vouée à disparaitre face à toute la déforestation, elle persiste dans ce petit coin de paradis et continue son épanouissement grâce à son statut d’intouchable lié au fait qu’elle fasse partie d’un parc national canadien. Cette forêt aussi appelée forêt humide ou jungle, nous offre chaque jour de multiples présents, tout au long de notre progression. Ses arbres immenses ne nous laissent pas l’occasion d’en voir la cime, ni d’en faire le tour à bout de bras malgré cinq personnes s’y essayant en se donnant la main. Eux aussi sont là, pour faire le spectacle à leur manière. Cette majestueuse beauté qu’ils dégagent et cette sagesse liée à leur âge amène à l’humilité et au respect. Ils sont là et sereins, imposants et bien présents dans le décor. Sans oublier toute ces plantes bien plus petites certes, mais sans qui le décor ne serait le même. Elles viennent tapisser la forêt et la plus verdoyante encore. L’homme dans un environnement comme celui-ci ne peut que se sentir petit et émerveillé, tant la nature domine et en impose.

Le relief apporte également sa touche personnelle lorsque l’on se retrouve en chemin, marchant sur une faible couche de terre maintenue par les racines des plantes accrochées à l’extrémité de la corniche où nous nous situons. En contrebas, la puissance de l’océan vient s’éclater sur la falaise, faisant émaner un son assourdissant remontant le long de la falaise jusqu’à nos oreilles. La puissance qui s’en dégage nous alerte et nous prévient de ne pas s’éloigner de la paroi lorsque nous marchons. Ce spectacle et cette adrénaline font partie également de la beauté et du naturel de l’expédition.

Après notre journée à marcher le long de ces différents types de terrains, nous arrivons au campement. Différents sites de camping sont mis à disposition des randonneurs tout au long des soixante-quinze kilomètres dans des endroits prédéfinis par le parc, souvent favorisant l’accès à l’eau potable et au charme naturel du site. Certains possèdent une chute d’eau, d’autres des rivières, d’autres encore, des plages et un environnement exceptionnel. Il est donc temps de monter la tente, de sécher nos vêtements humides ou mouillés, de se relaxer, s’étirer, laver du linge, manger, remplir les réserves d’eau potable, se laver (sous la chute ou dans les rivières)… Quand tout cela est fait, avant de se coucher, une dernière chose reste à faire. Mettre sa nourriture dans des caches à ours pour éviter que ceux-ci ne se fassent un festin dans la nuit. Différentes techniques peuvent être utilisées, comme suspendre la nourriture au bout d’une corde accrochée à une branche d’arbre à bonne distance du tronc pour qu’ils ne puissent y avoir accès. La plus simple et la plus rapide est mise à disposition par le parc : des boites métalliques fermées d’un cadenas placées sur chaque campement. Attention à ne rien laisser dans vos tentes, pas même du dentifrice. Tout est fait, vous pouvez récupérer et dormir sur vos deux oreilles.

Au petit matin, changement de décor. Ce ne sont pas les rayons du soleil venant percer la toile de tente qui nous réveillent mais les lourdes gouttes de pluie s’abattant sur la toile en cadence régulière, s’intensifiant lors de coups de vent. Ce sont elles qui résonnent et nous réveillent au petit jour. Bienvenue sur le West Coast Trail ! Ici lorsque l’on dit que nous n’avons eu que deux jours de pluie le long de notre parcours et que l’on nous répond à quel point nous avons été chanceux, il ne faut pas s’étonner de se faire réveiller de la sorte après 4 jours de beau temps. Après tout, nous aurons tout eu, tant mieux. Mais sous la pluie, le West Coast Trail change de visage et retrouve toute son authenticité et son intensité, son exigence accroît encore bien plus sa difficulté. Son côté accessible à tous s’estompe soudainement. La pluie amène encore davantage au challenge, la nature reprend ses droits les plus primaires. Là, chaque pied posé demande vérification pour s’assurer de la stabilité du sol. Tout devient encore plus glissant. La progression est plus lente et bien plus exigeante à tout niveau. De la plage, la brume nous cache l’horizon sur la mer, ne facilitant pas pour autant la vue sur la forêt à quelques mètres de là. Frustrant lorsque l’on connait la beauté des lieux sans la présence de brouillard. Cela dit, une fois de plus leWest Coast Trail impressionne. Son aspect sauvage et inhospitalier en ressort fortement. Elle nous rappelle que nous sommes juste de passage, une fois de plus nous nous sentons petits, très petits et impressionnés face à cette facette des plus sauvages. La nature ici est maîtresse, du début à la fin elle nous observe comme les pygargues à tête blanche tout au long de ces six jours, elle nous guette comme le couguar en haut de sa branche prêt à bondir sur sa proie, elle nous hume comme l’ours peut le faire sur plusieurs kilomètres à la ronde.

Ne lui enlevez rien et elle vous rendra cette générosité et cette magnificence au centuple !!!

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Celine

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