Nina Caprez : l’ivresse des grandes voies

Millau, jeudi 28 juillet : premier jour des Natural Games. Gérome Pouvreau, parrain de l’évènement, vient de se prêter au jeu des questions-réponses de ZeOutdoor. Une photo puis le grimpeur s’en va vers une n-ième interview. Il est aussitôt remplacé dans notre fauteuil à interview par sa collègue Nina Caprez, elle aussi marraine du festival. Une volée de dents blanches et la Suissesse répond à nos questions : escalade, escalade, voyages et spéléo !

Natural Games

Comment en-est tu venu à l’escalade et, plus précisément, aux grandes voies ?

J’ai commencé l’escalade à treize ans par l’alpinisme et la falaise, et à 17-18 ans je me suis mise à l’escalade sportive et à la compétition. J’ai très vite progressé : grandes voies, championnat de France, coupe du monde, etc. J’ai arrêté la compétition il y a quatre ans pour me consacrer à la falaise.

J’ai découvert en falaise ma discipline, ce qui m’éclate le plus : les grandes voies extrêmes ! Je suis une grimpeuse très exigeante : quant à moi-même, quant à mon escalade, quant à la beauté et à l’esthétique des voies. Lorsque je vois une belle voie, c’est plus fort que moi, sans même me soucier de son degré de difficulté je me dis : « putain, il faut absolument que je grimpe ça ! ». Tant qu’une voie est jolie, il faut y aller, quelle que soit sa difficulté. Lorsque tu parviens en haut d’une voie à la fois belle et difficile, c’est l’extase ! Les grandes voies extrêmes, c’est vraiment de là que je tire toute ma satisfaction. D’ailleurs, c’est très difficile, après avoir grimpé les plus belles voies du monde, de regrimper ensuite dans un environnement plus enfermé, plus moche. Je suis très exigeante, oui !

Parviens-tu à vivre de l’escalade ? Exerces-tu un métier à côté ?  

Ce sont mes sponsors qui me font vivre ; ils sont à fond derrière moi. Je partage le même esprit et les mêmes idées que tous les sponsors que j’ai choisis : transmettre la passion de l’escalade et de l’aventure, donner envie aux gens de faire de l’escalade. En parallèle, je travaille beaucoup avec mes sponsors sur le développement de produits, la création d’évènements, le tournage de films et de documentaires… Plus qu’une simple relation de dépendance athlète-sponsor, c’est un véritable travail de collaboration, ils me font confiance et me laissent une très grande liberté dans le choix et l’organisation de mes actions et de mes voyages. Par le biais de mes sponsors, j’ai la chance de pouvoir vivre entièrement de ma passion ; ce n’est pas le cas de tous les grimpeurs – même les plus doués…

En parlant voyage… Quels sont tes derniers trips grimpe ? et les prochains ?

Après le RocTrip en Chine en octobre 2011, je suis allé au Vietnam pour un trip spéléo puis j’ai passé tout l’hiver chez moi à skier. En mars, on est ensuite parti avec certains grimpeurs du team [Petzl] en Argentine à la Piedra Parada pour reconnaître et équiper les voies sur lesquelles on retournera en novembre pour le RocTrip 2012. Aussitôt revenue d’Argentine, j’ai directement enchainé avec un projet de film dans le Verdon avec mon sponsor Arc’Teryx. Et maintenant, me voilà ici à Millau pour les Natural Games ! Je ne suis pas venue l’année dernière, mais cette année, je suis très contente de revoir la falaise, de grimper avec mes amis !

Et parmi les projets à venir, on va partir grimper dans le Kentucky [Etats-Unis] à Red River Gorge, puis embrayer avec le RocTrip en Argentine et rester dans la région pour aller faire de la montagne en Patagonie. J’ai aussi sous le coude plusieurs projets de grandes voies pour cet été et l’automne.

Pratiques-tu une autre activité outdoor à côté de l’escalade ?

La spéléo, c’est ma deuxième grande passion ! Ca marche beaucoup par phases ; lorsque je suis fatiguée de l’escalade, je me remets à la spéléo. Mais je ne voyage pas autant pour la spéléo que pour l’escalade, c’est très intense comme activité : ça nous arrive de passer trois-quatre jours sous terre et il nous faut ensuite une ou deux semaines pour nous en remettre…

Et au delà de ça, j’adore aussi tout ce qui touche au travail manuel, le bricolage, le jardinage, la cuisine, la couture… J’aime beaucoup créer avec mes mains, être inventive et décorer chez moi ; me fabriquer un endroit dans lequel je me sente bien. C’est la base lorsque l’on voyage beaucoup : avoir un chez-soi où on soit bien pour récupérer et revoir ses amis.

Une région à nous recommander pour l’escalade ?

Le Verdon, tout le Verdon, absolument tout le Verdon ! Un lieu vraiment exceptionnel.

Racontes-nous ta plus belle sortie…

C’était en juillet dernier, en Suisse, dans le massif du Rätikon : l’enchainement de la grande voie Sielbergeier [250m, 6 longueurs, 8B+]. Une journée que je n’oublierai jamais, une journée parfaite !

Que ressens-tu lorsque tu termines une grande voie comme celle-ci ?

C’est comme avoir des ailes ; t’es tellement content, tu exploses ! Lorsque j’ai sorti Sielbergeier, j’avais déjà fait deux tentatives auparavant, je m’étais mis la pression et je n’ai pas réussi. Et il pleuvait… J’y suis retourné une semaine après – comme ça, pour montrer la voie à un ami. Et j’ai avalé la voie comme si c’était un 7a ! Lorsque tous les mouvements s’enchainent à la perfection, ce sentiment de grimper comme si tu avais des ailes dans le dos… c’était une très très grande satisfaction. C’est très difficile de mettre des mots là-dessus ; ce n’est pas une pure euphorie comme lorsque tu remontes à la surface en spéléo, c’est plus internalisé, comme un sentiment de calme et de bonheur intérieur. Comme atteindre un nirvana. Cette incroyable satisfaction m’a nourri pendant des mois après, et continue de me nourrir encore aujourd’hui ; c’est ça qui me fait avancer et aller plus toujours plus haut.

Et ta pire sortie ?

C’était en exploration spéléo : on avait fait une sortie de vingt heures et dix fois peut être, je me suis dis « je vais mourir dans ce trou, je ne vais jamais m’en sortir »… C’était horrible.

Un petit mot à ajouter ? Un message à la Suisse ?

Si vous voulez de faire plaisir, il faut me faire goûter les meilleures bouteilles de vin du monde ! [Rires !]

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